Infos Analyses : LA LISTÉRIOSE

La listériose ou mononucléose listérienne est une maladie grave de symptomatologie polymorphe due à une bactérie : listeria monocytogenes.

Historique

 

Listeria monocytogenes a été isolée pour la première fois en 1926 chez des lapins et des cobayes présentant une mononucléose sanguine. Cette bactérie était alors appelée bacterium monocytogenes (le nom L. monocytogenes a été officiellement admis en 1940).


Elle est fréquemment à l’origine d’infections chez les animaux (mammifères, oiseaux).
Depuis 1960, elle a été de plus en plus souvent isolée de prélèvements pathologiques humains.

Écologie

 

Les Listeria sont des bactéries très résistantes.
En effet, elles peuvent se multiplier dans des solutions concentrées en sel (>10% en chlorure de sodium) ou en présence de bile.
Elles peuvent croître dans des milieux présentant un pH compris entre 5 et 9,6, avec un optimum à pH neutre ou légèrement alcalin et dans une zone de température de -2 à 45°C avec un optimum entre 30 et 37° C. Elles peuvent donc se reproduire aux températures de réfrigération.


Les Listeria ont été isolées dans le sol, les plantes, les fourrages, les ensilages, les boues, les eaux de rivières et de lacs, les eaux d’égouts. La capacité des Listeria à survivre dans l’environnement a été montrée notamment par Watkins et Sleath (1981) qui ont observé que les Listeria survivaient dans les boues pendant au moins huit semaines.

 
Actuellement on distingue 7 espèces différentes dans le genre Listeria : 

monocytogenes, 

innocua, 

ivanoii subsp ivanoii, 

ivanoii subsp londoniensis, 

grayi, 

seeligeri, 

welshimeri.

 

Les seules espèces pathogènes sont L. monocytogenes (pathogènes pour les animaux et l’homme) et L. ivanoii (rarement responsable d’infection, chez les animaux seulement).


Les Listeria ont été isolées chez de nombreuses espèces de mammifères et d’oiseaux. Chez les animaux, comme chez l’homme, il existe des porteurs sains.

Caractères morphologiques et biochimiques

 

Les Listeria sont de petits bacilles Gram positif :

catalase positive, 

aérobies, 

aux extrémités arrondies, 

non sporulés,

non acido-alcoolo résistants, 

sans granulations métachromiques ni capsule.


Elles ont un diamètre de 0,4 à 0,5 µm et une longueur de 0,5 à 2 µm. 

 

Elles sont mobiles à 20°C grâce à 1-4 flagelles d’implantation péritriche, mais ne sont pas ou peu mobiles à 37°C.

Les différentes espèces de Listeria se différencient par un petit nombre de caractères biochimiques :

l’hémolyse, 

le CAMP-test avec Staphylococcus aureus et Rhodococcus equi, 

la production du xylose, du ribose, du rhamnose, de l’alpha-methyl-D-mannoside et du mannitol. 

 

Sur milieux solides contenant 5% de sang, les espèces L. monocytogenes, L. ivanoii et L. seeligeri produisent une zone de bêta hémolyse.

La virulence de L. monocytogenes tient à sa capacité à pénétrer dans les cellules, à s’y multiplier et à se propager ensuite dans les tissus en passant directement d’une cellule à l’autre.


Plusieurs facteurs impliqués dans les différentes étapes du cycle infectieux de la bactérie ont été identifiés. L’entrée cellulaire de L. monocytogenes est facilitée par une protéine de surface, l’internaline. La listériolysine O est le facteur de virulence majeur de L. monocytogenes et permet à la bactérie de sortir de la vacuole de phagocytose. La bactérie est alors libre dans le cytoplasme de la cellule infectée où elle se multiplie. Pour se déplacer dans le cytoplasme de la cellule, la bactérie polymérise l’actine cellulaire. Lorsqu’elle atteint la membrane cytoplasmique, elle engendre la formation d’une protusion, qui est phagocytée par la cellule adjacente. La bactérie est alors enfermée dans une vacuole à double membrane, qui est lysée grâce à la phospholipase C; la bactérie est de nouveau libre dans le cytoplasme. Ceci a pour conséquence la colonisation progressive des tissus cibles. Tous les gènes de virulence connus sont soumis aux mêmes régulations; ils s’expriment mieux à 37°C qu’à des températures plus basses et en phase exponentielle de croissance de la bactérie qu’en phase stationnaire.

Listeria et aliments


En raison de leur résistance les Listeria et en particulier L. monocytogenes, peuvent se retrouver dans les matières premières et les produits transformés ainsi que dans les ateliers de fabrication.

Avec la mise en place des contrôles obligatoires des aliments, de nombreuses recherches ont porté sur :


- la fréquence de contamination et le comportement de L. monocytogenes dans les aliments,


- les méthodes d’isolement et de détection,


- l’effet des agents physiques, chimiques et biologiques sur L. monocytogenes


- les moyens de prévenir une contamination au niveau du site de fabrication (mise en place d’une démarche assurance qualité).


L. monocytogenes résiste au froid mais est sensible à la chaleur. Or parmi les aliments les plus fréquemment contaminés par L. monocytogenes, certains sont consommés sans cuisson. Les produits les plus sensibles sont ceux qui ont une durée de vie longue et qui peuvent être consommés sans être chauffés (produits laitiers, charcuterie et produits de la pêche).


Environ 10% des aliments sont contaminés lors de leur distribution (enquête DGCCRF).


Toutes les espèces de Listeria ont été isolées d’aliments avec des fréquences variables. Ainsi L. monocytogenes et L. innocua sont les espèces les plus fréquemment retrouvées, alors que L. ivanovii et L. grayi sont très rares.


A la suite des épidémies en Suisse et en Californie pour lesquelles les investigations épidémiologiques avaient impliqué des fromages, l’industrie laitière et les produits laitiers ont fait l’objet les premiers, de nombreuses études. On a retrouvé les Listeria dans de nombreux produits laitiers (lait cru, fromages, beurre et yaourts). 

Mais les Listeria se retrouvent également dans d’autres catégories d’aliments (viandes, produits carnés, légumes tels que radis, concombre, pomme de terre, chou, et éventuellement les produits de la mer).

Les Listeria résistent à la pasteurisation. Elles se développent à la température du réfrigérateur. Elles survivent à la congélation et sont détruites par la cuisson.

La stratégie de lutte contre les Listeria et plus particulièrement L. monocytogenes implique la mise en place d’un système d’assurance qualité (HACCP : " Hazard Analysis Critical Control Point "). Il a pour objectif d’identifier les procédés ou opérations critiques afin d’obtenir un produit sûr, et ce par une démarche prospective. Il doit être appliqué de la matière première jusqu’à l’arrivée de l’aliment sous forme transformée définitive, destinée aux consommateurs.

Pour certaines matières premières, la contamination par L. monocytogenes est pratiquement inévitable. Des traitements listéricides doivent être mis en place sur le produit brut et en cours de sa transformation. Mais la plupart des problèmes dans l’industrie vient du fait que L. monocytogenes peut trouver dans les unités de transformation des conditions de survie ou de développement de nature à permettre la contamination des produits fabriqués.

 

Listériose humaine


L’homme se contamine en ingérant des aliments contaminés. Mais la transmission directe est possible par voie cutanéo-muqueuse chez les vétérinaires et les éleveurs.

Il n’existe pas de prévention vaccinale et la durée d’incubation varie de 3 jours à 8 semaines.


Des anticorps spécifiques sont retrouvés chez 50 à 80% des adultes. Le taux de porteurs sains est estimé à 5% de la population française.


Les déficiences du système immunitaire favorisent les formes graves de la maladie.


La listériose évolue essentiellement sous forme de cas sporadiques pour lesquels il est très difficile de déterminer l’origine. Peuvent s’y ajouter des bouffées épidémiques pouvant être reliées à des aliments contaminés.

 


Les manifestations cliniques de la listériose sont très polymorphes :


- la forme bénigne présente un épisode fébrile de type grippal


- la mononucléose listérienne (forme cervico-glandulaire correspond à une angine avec présence des germes dans les amygdales et des adénopathies régionales.


- la forme oculo-glandulaire ne présente pas de mononucléose sanguine. Elle est caractérisée par une conjonctivite et des adénopathies multiples.


- la méningo-encéphalite listérienne est très grave. Elle est observée chez les patients immunodéprimés. Elle est précédée par une asthénie et des troubles comportementaux.


- la forme cardiaque correspond à une endocardite infectieuse subaiguë.


- la forme septicémique


- pendant la grossesse, il y a risque de fausse couche.


- l’infection transplacentaire va provoquer de graves atteintes de l’enfant à la naissance.


- l’infection néonatale peut aboutir à une méningite une à quatre semaines après.

Le pronostic de la listériose est très réservé car, en effet, une fois sur trois le décès survient.

Traitement


Le traitement s’appuie sur la benzylpénicilline ou l’érythromycine. Dans les formes graves, l’ampicilline et la gentamicine sont associés.